Il était une fois Fantômette

C’est une petite brunette à l’œil vif et au teint frais, elle s’appelle Françoise Dupont. Avec son chat Méphisto, elle habite 13 rue des roses à Framboisy, un nom qui fleure bon le bassin parisien. Ne cherchez pas sur vos cartes de l’Essonne ou du Val-d’Oise, cette commune n’existe pas, si ce n’est dans l’imagination de Georges Chaulet, l’auteur des trépidantes aventures de Fantômette. Prenant le risque de gâcher votre surprise (vous ne m’en voudrez pas de ne pas céder à l’anglicisme qui prévaut de nos jours), si par hasard vous ne la connaissiez pas, mais je vous préciserai en passant que Françoise Dupont et Fantômette ne font qu’une. Ecolière le jour, justicière la nuit, Françoise alias Fantômette est inséparable de ses copines Ficelle et Boulotte, dont les prénoms révèlent assez bien les physionomies. La nuit venue, elle se glisse dans un justaucorps de soie, chausse un loup noir, se coiffe d’un bonnet à pompon et agrafe une cape, avant de sortir traquer les criminels de tout poil, j’ai cité le Furet, Alpaga, Bulldozer ou le Masque d’Argent.

De 1961 à 1987, Georges Cholet a écrit 49 aventures de Fantômette, publiées chez la Bibliothèque rose, une collection de l’éditeur Casterman.

Enfant dans les années 70, je me régalais à lire les Fantômette que j’empruntais à mes cousines, sans que l’idée que cette collection ciblait les filles me gênât aucunement.

Récemment, je me suis amusé à relire l’une de ces historiettes et dois bien admettre que l’imagination et le style de Chaulet ont remarquablement encaissé les outrages du temps. Fantômette est terriblement moderne. Elle est intrépide, intelligente, cultivée, athlétique, autonome et jamais à court de ressources. Certains ajouteraient peut-être féministe, mais ce serait accréditer à tort l’idée d’une œuvre engagée, alors qu’il s’agit plus raisonnablement d’une œuvre engageante. Pour illustrer sa modernité, je mentionnerai un seul un détail amusant : Fantômette se déplace nuitamment en trottinette motorisée dans les faubourgs de Framboisy. Ainsi, plus de 50 ans avant l’invasion des trottoirs parisiens par des milliers de trottinettes, Georges Chaulet peut être considéré comme un précurseur du transport urbain.

Par ailleurs,  une question est induite par le présent éloge de Fantômette :

Est-il pertinent de donner à lire à nos enfants les livres que nous aimions quand nous avions leur âge et qui nous ont laissé un souvenir impérissable ?

Père de deux fillettes, j’ai déjà la réponse à cette question. Dans quelques années, lorsqu’elles auront 7 et 8 ans, je poserai subrepticement sur leur table de chevet des livres des Bibliothèques rose et verte, en particulier les aventures de Fantômette (ils sont déjà prêts).

Nous serons alors en 2023, deux fillettes pourront-elles encore s’amuser en lisant les aventures de Fantômette ? mille pompons, je gage que oui !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :